Café Froid
Le roman, ce genre bâtard, il fallait bien que je m’y essai. J’ai perdu mon Moleskine. Ces salopes m’ont rendu fou.
Chapitre I
Il me faut retrouver toute mémoire. Les années sont longues à la bouche des autres. Aux yeux de mes souvenirs; quelques tiroirs encombrés de bilans, de vers, de billets doux, de procès, de romances, avec de lourds cheveux roulés dans des quittances.
Les mots ont un sens; c'est bien ça leur problème. Les phrases en ont parfois encore moins.
La moitié d'une vie en oubli. Une moitié incertaine.
Griffonné des mots dans des cahiers perdus. L'informatique ne nous a pas sauvés, elle a vautré la poésie dans l'ennui et la lumière blanche.
Recommencer, tout est toujours à recommencer.
Treize fois abandonné. Les mots sortent. Les tables éjaculent des mots, surtout dans les bars plein de fumée qui colle à la peau et aux manteaux dans des soirs parfaitement enivrés. Tout cela fut court. Les migraines durent plus longtemps que la joie.
Je bois des cafés noirs comme je buvais de la Vodka quand j'avais dix-sept ans.
On est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Tant mieux. On le devient vite.
Le sérieux de l’écriture : les cerveaux se tordent sur la page blanche, plus que les cœurs. La littérature n’est pas un sentiment. Elle est bien réelle.
“Elle invente beaucoup.” vente vite vente, c’est la rentrée littéraire. La mode est à soi. Les petits de la littérature déjà sanctuarisés. La messe est dite. Annie Ernaux a reçu le prix Nobel et ne l’a pas refusé. Ça en cautionne des choses. Ça en dit des choses. Camus l’Algérie. Les étudiants prennent son parti, les plus révolutionnaires. Poing levé à la terrasse du café. Sans être existentialiste, je dis que vous êtes une sacrée bande de lâches.
Où en sommes-nous ? On avance, j’imagine. Chacun choisit son camp, certains tirent pile ou face : ils nous tireront dans le dos. Il a demandé la grâce pour Brasillach, n’acceptant pas d’y participer par abstention. L’arabe n’a pas de nom. Chacun choisit son camp.
“Mais qu’il est gentil, qu’il est propre et beau.” Qu’ils aillent au diable. Il y a les choses qu’on dit, il y a les choses qu’on fait. Ce qui est dit doit être fait et ce qui est fait doit être écrit. Il restera des secrets, je vais pas tout déballer comme ça aussi sec ; je sais qu’ils savent lire des phrases. On verra si elles comprennent ; dans la plupart des cas, je n'en vaux pas la peine.
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